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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 16:27

Voyage à Nogent sur Marne :

Le jumelage des Confréries 

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Après la visite à Menton de la Confrérie du Petit vin blanc de Nogent, nous devions aller rendre la pareille à nos nouveaux amis.

C’est donc le 21 novembre que la Confrérie de l’Etiquette de Menton est allée assister au chapitre annuel à Nogent de la Confrérie désormais sœur.

De nouveaux adoubements étaient organisés afin de remercier quelques participants du voyage. La réception organisée par Philippe Jouvin était de grande classe. Il faut regretter la disparition progressive des nombreuses guinguettes qui s’échelonnaient le long de la Marne. Il n’y a plus beaucoup de lieux de réjouissances sur la Marne, au contraire de ce qui existe autour des capitales de Vienne et de Prague. Et c’est dommage de voir Paris préférer des lieux de fêtes importés tels Disneyland.

Il en résulte un appauvrissement patrimonial et festif que comble agréablement la guinguette du Martin Pêcheur, lieu d’accueil de la manifestation.

 

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Les guinguettes et le bord de la Marne

Les guinguettes constituent un élément marquant de l'identité des Boucles de la Marne. Leur histoire est liée aux loisirs ouvriers et au « dimanche au bord de l'eau » pour y exercer des activités variées, très souvent liées à la rivière (régates, canotage, natation, concours de plongeon, courses d'aviron, joutes, pêche...), mais aussi pour s'amuser avec les jeux de foire, de quilles, de boules et balançoires... On s'y attablait pour savourer une cuisine simple arrosée de vin blanc ou rouge : friture ou matelote de poisson, fricassée de lapin ; et puis on y dansait la valse, la polka et plus tard, la valse musette.


Les guinguettes se développent à la fin du 17ème siècle. Elles fleurissent dans les villages voisins de la capitale, comme Belleville, Montmartre, afin d'éviter l'octroi, ancienne taxe sur les marchandises entrant dans Paris. Le vin produit dans les vignobles situés autour de Paris, alors appelé «Ginguet» ou «Guinguet», est ainsi vendu moins cher. Vers 1860, Paris s'agrandit et annexe les villages. Les établissements émigrent sur les bords de Marne et de Seine, associant désormais l'environnement de la rivière aux plaisirs de la table et de la danse. Le mot «guinguette» est en effet lié aussi au mot «giguer» qui signifiait «sauter».

C'est ici que les Parisiens s'encanaillaient le dimanche. On attrapait le train de la Bastille, on dévalait la côte de Convert en quelques minutes et l'on se retrouvait assis au bord de l'eau ou attablé dans l'une des innombrables guinguettes posées sur la rivière, à lever le coude. Bien avant 1906 et l'obligation du repos dominical, on venait nager, canoter, guincher au son de cette cornemuse auvergnate nommée "musette", conter fleurette à sa belle, jouer aux cartes, aux quilles, participer à une course de vélos…

5128285912_2635bba56d.jpgLe déclin des guinguettes… Le paiement en liquide des musiciens a été interdit et, dès lors, les établissements n'ont plus fait appel à ces grands orchestres qui mettaient tant d'ambiance. Ils ont préféré se transformer en restaurants. Et puis, la guerre est passée par là." 

On continua de canoter -un engouement qui avait débuté dans les années 1830 et se prolongea jusqu'au milieu des années 1940- on continua de se baigner jusque dans les années 1950. En 1974, la baignade fut interdite pour cause de pollution et l'urbanisation galopante des bords de Marne coupa l'élan. Cette interdiction était motivée par des motifs d'hygiène (qualité de l'eau dégradée dans les années 60-70) et de sécurité (risques dus au trafic des péniches et de noyade).  On ne peut se rendre à Nogent et au Perreux sans que l'envie de partir sur les traces des noceurs d'autrefois ne vous titille. On veut marcher sur les pas de Casque d'or, on cherche le Casino du viaduc.  Du côté du Perreux, l'ambiance est restée bucolique. La rivière est une belle promenade, bordée d'élégantes maisons. On vient encore déjeuner sous la tonnelle, mais de guinguettes, point.  "En fait, explique Vincent Villette, archiviste et bon connaisseur de la période, elles ont commencé à péricliter autour de 1914.

 

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Les membres de la Confrérie entourent Marcel Amont qui a bien voulu écrire dans notre livre d'Or. "Tu me tiens par la barbichette et moi je te tiens par le Menton". A gauche le Président Henry Baudet et devant les past-présidents Philippe Fournery et Jean Padovani

 

La peinture, le cinéma, les chansons : la « Nogenstalgia »

L’art, la peinture, le cinéma, les chansons vont sublimer la réalité. Ainsi, en parallèle avec la fin des guinguettes, leur résurrection passait par une forme de regret et la construction d’une substitution destinée à sublimer leur disparition. Depuis des temps lointains, la Marne a toujours possédé le charme et la beauté de ces rivières de l’Ile-de-France, serpentant au milieu de la verdure par des boucles renommées, parsemée d’îles, sous un ciel nuancé et une lumière changeant au fil des heures, des jours et des saisons. Un tel site ne pouvait qu’inspirer les peintres. Ceux du 18ème siècle furent sans doute les premiers à découvrir cette beauté naturelle

-          Antoine Watteau (1684 – 1721) : "L’Embarquement pour l’île de Cythère" (1717 – Musée du Louvre). Très certainement inspirée du paysage de Nogent-sur-Marne, où il décéda quatre ans plus tard, cette toile représente de grands platanes que l’on voit encore dans le parc de la Maison des Artistes et, au loin, la Marne.

-         François Boucher (1703-1770) : plusieurs toiles sur le pont de Charenton et ses moulins à eau.

Le passé construit par les peintres, vient se superposer à notre mémoire collective, dont Renoir est le plus emblématique conteur. Il a su décrire l’ambiance des guinguettes, avec les canotiers, le déjeuner des canotiers et la Grenouillère. Sa peinture riche et pulpeuse a donné une vision idyllique d’une époque qui l’était moins. Beaucoup de peintres succombent au charme de la peinture au grand air, aidée par la proximité des haltes culinaires. Sisley, Vlaminck, Monet, Manet, Van Gogh, Derain, Pissaro, Caillebotte, tous ont dessiné les berges de ces endroits enchanteurs, désormais accrochées aux cimaises des plus grands musées du monde.

 

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Tous les tableaux de cet article sont de Jean-Auguste Renoir

 

La fin des vignobles n’est pas la fin de la convivialité

L’urbanisation a certes, détruit les vignobles de la région parisienne, comme ceux de Menton. Mais il faut bien trouver des motifs de rencontre, de joie et d’amitié. C’est la raison pour laquelle nos Confréries ont été érigées en défense de la tradition et pour la préservation d’un passé déjà revisité par la « Nogenstalgia ». Car la municipalité de Nogent possède aussi ces vertus en accueillant sur son sol le Pavillon de Baltard, dont la ville de Paris n’avait que faire !!

Puis, la chanson « du petit vin blanc » que l’on boit sous les tonnelles », tout comme celle qui magnifie les bords de l’eau (« un dimanche au bord de l’eau » chanté par Jean Gabin), sont des créations récentes. Elles superposent la vision du poète, dont la fonction est d’enrichir la réalité, aux descriptions déjà réalisées des peintres et des cinéastes.  

En ce jour, nos deux Confréries se retrouvent en un lieu qui témoigne de la volonté de son propriétaire de jeter un pont entre présent et passé. Il a souhaité d’une part recréer l’ambiance d’antan au plan de la guinguette, tout en édifiant une passerelle pour joindre cette petite île, autrefois reliée par un bateau. La guinguette du Martin Pêcheur permet désormais à de nombreuses associations d’élire une miss-guinguette, de maintenir la tradition des joutes sur l’eau, comme celle des courses de canots.

Le choix de ce lieu de rencontre par la Confrérie du Petit vin Blanc montre une volonté évidente de se jumeler avec une tradition, tout comme avec une Confrérie de l’Etiquette qui partage les mêmes valeurs.

 

Guy Muller, envoyé spécial de la Confrérie

 

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Published by Muller - dans Voyages
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