31 mars 2009
La Confrérie de l’Etiquette s’indigne du projet de Rosé International voulu par l’Europe et s’adresse aux Parlementaires :

Monsieur le Parlementaire,
C’est avec effarement que nous avons appris la possibilité de permettre un assemblage de vin
blanc et de vin rouge qui serait commercialisé sous le nom de rosé. Or ce nouveau produit ne peut être confondu avec les rosés traditionnels de notre Région. Il s’agit d’un produit issu d’une
volonté de marketing et qui s’appuie sur la notoriété acquise par nos rosés de Provence.
Comme nous ne pensons pas que les lois internationales, issues de langues diverses, aient prévu
spécifiquement une traduction ou une dénomination précise pour ce nouveau produit, nous proposons le nom de ROSI. Le Rosi est parfaitement conforme au français et à sa signification. Or le
législateur a déjà pu exiger la traduction en français de notices ou de livrets d’opéra afin de permettre au consommateur français d’être à égalité de traitement avec les autres
consommateurs.
En conséquence l’assemblage de vins blancs et rouges étant complètement étrangère à nos
traditions et usages, vous voudrez bien protéger nos rosés de Provence. Les assemblages prévus par l’Union européenne répondent eux parfaitement à la notion de Rosi qui annonce de plus la
création d’un nouveau produit. Le rosissement des blancs par du rouge éviterait aussi le problème lié à la notion de proximité et de terroir. S’agissant d’une nouvelle marque, elle serait ainsi
libérée de tout lien avec un terroir et une région, comme l’est le Coca-Cola.
Veuillez agréer, Monsieur le Parlementaire, l’expression de notre grande
considération,
Mobilisation contre le ROSI
Tout détenteur d’un pouvoir étant tenté d’en abuser nous devons saluer l’entrée d’un nouveau terme dans l’univers de l’œnologie. C’est encore une fois l’Union Européenne qui a
légiféré pour créer un nouvel assemblage de vin. Il s’agit de permettre l’assemblage de mauvais blancs (en provenance d’Espagne) avec des rouges qui rosiraient cet excellent nectar. Le problème
c’est que cet assemblage serait commercialisé sous le nom de Rosé.
Ce mauvais coup porté à notre viticulture Provençale qui produit 28% de la production européenne, s’ajoute à de
nombreuses attaques conduites avec acharnement. Pour réformer tout, il suffit de s’aider d’une loi qui prend l’inverse des usages antérieurs. Aussi l’esprit de la Réforme s’impose comme une
douteuse amélioration de l’ancien. Même si l’Ancien avait quelques mérites il doit céder la place au soi-disant mieux du modernisme.
C’est en plein débat sur de nouvelles interdictions à la dégustation gratuite que le projet européen a été approuvé
par Michel Barnier pour la France. Comme hier la possibilité d’incorporer des arômes artificiels, l’arrosage du vignoble ou des copeaux dans nos cuves et barriques a été acceptée en France.
Aussi, la pertinence de ces innovations étant sujette à caution, vaut-il mieux prévenir que guérir.
La référence à l’identité nationale s’impose dans un domaine où les usages ont supplanté le droit. Comment une loi
internationale peut-elle imposer des assemblages où la notion de terroir est supprimée ?
Nous avons accepté que le Tokay soit rendu à son pays d’origine : la Hongrie. Mais faut-il pour autant
accepter que notre rosé soit copié ?
Les rosés sont issus de saignée, de fermentation pelliculaire, de pressages qui respectent l’identité du terroir.
En fait le rosé est issu de fruits à pruine noire et à chair blanche qui en dégorgeant donnent la couleur rosée. Ce rosé est aussi issu de terroirs précis. L’assemblage de vins blancs et rouges
est une toute autre opération de rosissement par des crus de diverses provenances, qui plus est.
De la même façon que les notices techniques des appareils ou les livrets d’opéra doivent être traduits en français,
la traduction en français de ce nouveau produit est le rosi et non le rosé. Comme il est douteux que les traités et textes internationaux fassent l’objet de travaux de sémiologie, nos
Parlementaires doivent intervenir d’urgence. Ils doivent rattraper cette nouvelle bourde qui s’ajoute à tant d’autres.
L’objectif de nos Parlementaires est il de tout accepter même les pires stupidités ? N’ont –ils pas fait
suffisamment de tort à la viticulture française ? Faut-il toujours s’aligner sur les intérêts anglo-saxons qui délaissent le salé au profit du sucré et produisent des générations
d’obèses ?
C’est pour répondre à ces questions que nous lancons une adresse aux parlementaires pour que le nouveau produit
soit appelé ROSI.
Guy Muller, pour la Confrérie de
l’Etiquette
Vigne en Provence
Les faits décrits par la Presse (pour comprendre l’objet du débat)
De Libération
Peut-on mélanger du vin rouge et du vin blanc pour faire du rosé ? A cette question, la
Commission de Bruxelles répond oui. Et la France ? Eh bien, la France, heu… On ne sait pas trop.
Résumé de l’affaire. Fin janvier, à Bruxelles, la France a approuvé avec ses homologues des Vingt-sept, un projet de
réglementation européen autorisant le mélange de vin blanc et de vin rouge pour faire du rosé. Pratique actuellement interdite dans l’UE, à de rares exceptions près, comme pour le
champagne.
Mais voilà, sans doute sous la pression des producteurs français de rosé, dont ceux de Provence, Michel Barnier et ses
troupes semblent avoir changé d’avis sur cette question dite du coupage. Charge à eux, maintenant, de parvenir à infléchir leur position sans que cela se voie trop, avant le vote définitif sur la
question, le 27 avril à Bruxelles.
Au cabinet de Michel Barnier, on a le sens de la précision. «Le 27 janvier, ce n’était pas un vote indicatif,
c’était un recueil d’avis informel», dit le ministère de l’Agriculture. Le porte-parole du commissaire européen à l’Agriculture, lui, dit: «Vote indicatif ou informel, c’est un peu la
même chose. Nous, à la Commission européenne, on dit indicatif. Après s’ils veulent dire informel…»
«C'est vrai que ce point précis pose problème»
Au ministère de
l’Agriculture, on avance que «cette question du rosé a été traitée dans le cadre d’un règlement global sur les pratiques oenologiques dans l’UE. C’est une question parmi vingt ou trente
autres: copeaux, alcoolisation, adjuvants… On a donc voté pour l’ensemble du texte, qui comporte tout un tas de dispositions».
Dont la technique du
coupage pour le rosé. «C’est vrai que ce point précis pose problème», avoue l’entourage de Barnier. Pourquoi alors avoir voté favorablement. «Nous avions le souci de ne pas bloquer
le processus, qui doit entrer en vigueur le 1er août.»
La Commission
européenne connaît l’embarras du camp français concernant ce projet de réglementation sur le vin. «Paris a voté pour ce paquet de mesures sur les pratiques oenologiques que nous voulons
changer. Il semble qu’ils aient conscience que cela leur pose maintenant un problème», réagit Michael Mann, porte-parole du commissaire à l’Agriculture.
Qui résume: «Les
Etats membres peuvent toujours changer d’avis entre le vote consultatif et le vote définif.» Et le fonctionnaire européen d’avouer: «Nous sommes en train de réfléchir à la conduite à
tenir si certains Etats membres votent contre ce changement de réglementation.»
Comme dans l’affaire sur la baisse de la TVA dans certains secteurs, comme la restauration, dont l’accord a pu être
arraché par la France grâce au vote allemand, il semble que Berlin puisse venir une nouvelle fois au secours de Paris sur la question du coupage. L’Allemagne, qui a voté défavorablement lors du
vote indicatif, pourrait permettre à Barnier de se sentir moins isolé le 27 avril et lui permettrait de ne pas se prendre la porte de sortie en pleine figure.
Le Rosé de Provence, vin
de plaisir au bord de la mer
Des Echos
Le manuel du rosé de
Barroso
La Commission veut autoriser le coupage entre du rouge et du blanc.
Prenez du rouge et du blanc, mélangez et vous obtiendrez du rosé : c’est la nouvelle recette que la Commission
européenne est en train de concocter pour les vins de table. L’information révélée par les Echos fait partie d’un projet de règlement plus large sur les pratiques œnologiques autorisées
au sein de l’Union qui devrait sortir des tuyaux communautaires fin avril. Comme le rappelle un porte-parole de la Commission, «le coupage est un principe œnologique reconnu par l’Office
international pour la vigne et le vin».
Les Etats-Unis, l’Australie ou l’Afrique du Sud n’hésitent pas à y recourir. Avec succès. C’est d’ailleurs pour
permettre aux Européens de jouer à jeu égal que Bruxelles veut actualiser les pratiques œnologiques du continent. Fin janvier, lors d’un vote indicatif, le projet est passé haut la main au sein
du Comité de gestion des vins où sont représentés les Etats membres. Le vote définitif aura lieu le 27 avril.
Pour la France, premier producteur mondial de rosé, c’est un coup dur. «Le vin rosé ce n’est pas qu’une couleur,
c’est un procédé de fabrication qui lui donne un goût spécifique», rappelle Christine Assy pour la Confédération des coopératives viticoles. Et d’ajouter : «Economiquement, c’est un
marché porteur, ce serait dommage de le casser avec des quantités trop importantes et à bas prix». Le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, vient d’envoyer une lettre à la commissaire
en charge de l’Agriculture. Mais il sait que sur ce dossier la France est assez isolée.
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